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Deux concepts d'exploitation pour l'élevage laitier  

Quelles sont les voies possibles pour l'avenir de notre élevage laitier? L'élevage laitier sera-t-il encore possible dans une dizaine d'années? À quoi ressemblera-t-il? Une équipe de chercheurs du WUR (Wageningen Livestock Research), de l'ILVO (Institut de recherche pour l'agriculture, la pêche et l'agroalimentaire) et du VCM (Centre flamand de coordination pour le traitement du lisier) s'est vu poser ces questions par le VLM (Vlaamse Landmaatschappij) et s'est attelée à la formulation de réponses appropriées. Veerle Van linden, Senior Researcher à l'ILVO, a expliqué en quoi consistait ce projet scientifique lors du Symposium laitier organisé par le VLAM et la CBL.

Chris Craps - 21 novembre 2024

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Veerle Van linden, senior rescher à l'ILVO, lors du Symposium laitier (Photo: VLAM)

Conception réflexive interactive

"La conception réflexive interactive (RIO) est une méthodologie - adoptée par le WUR - qui vise à développer des solutions innovantes par le biais d'un processus interactif et multidisciplinaire", a expliqué Veerle Van linden. "L'objectif n'est pas seulement d'apporter de petites améliorations, mais de penser radicalement différemment afin de parvenir à des innovations systémiques. Cette méthode est appliquée pour des changements à grande échelle, en testant continuellement la faisabilité pratique. Nous avons appliqué la méthode RIO à l'élevage laitier, en tenant compte des différentes conditions d'exploitation et avec un horizon temporel de 10 ans. Ce délai a été choisi délibérément: il est suffisamment long pour développer des solutions innovantes, mais suffisamment court pour planifier des étapes de transition concrètes."

Le projet a commencé par identifier différents défis, tels que l'acceptation sociale, l'impact écologique, la viabilité économique et l'intégration spatiale. Sur base de ces défis, 10 concepts ont été développés et évalués qualitativement, après quoi la liste a été réduite à deux modèles élaborés. Le premier est l'éleveur laitier 'flux' (s'intéressant à l'énergie, à la transition et aux nutriments) et le second est l'éleveur laitier 'bois'. 

"Nous nous sommes concentrés sur la réduction des émissions d'ammoniac, avec l'objectif de les réduire de 15% d'ici à 2030. Nous y sommes parvenus en réduisant le nombre d'unités laitières de 15%. Le fait de garder moins de vaches a permis de libérer plus de surface et de réduire les heures de travail. Nous avons redéployé les ressources ainsi libérées pour obtenir des avantages à la fois écologiques et économiques, ce qui constitue le cœur de notre innovation systémique."

L'éleveur laitier 'bois'

Le concept de l'éleveur laitier 'bois' s'adresse spécifiquement aux exploitations laitières situées à proximité de zones naturelles. "Ici, nous avons décidé d'utiliser les terres agricoles vacantes pour cultiver des protéagineux alternatifs, tels que des féveroles. Ces féveroles peuvent remplacer une partie du soja importé, réduisant ainsi la dépendance à l'égard des sources de protéines extérieures. En outre, une partie des prairies temporaires est convertie en prairies permanentes, ce qui contribue à une utilisation plus durable des terres. Des noyers y sont également plantés, créant ainsi une forme d'agroforesterie (d'où le nom d'éleveur laitier 'bois'). Ces arbres ne présentent pas seulement des avantages écologiques: ils peuvent également constituer une source de revenus supplémentaire".

Selon Van Linden, ce modèle permet de réduire l'empreinte écologique, mais offre également de nouveaux produits commercialisables et renforce la position économique de l'éleveur laitier. "Dans notre modèle, nous avons prévu un très grand nombre d'heures de pâturage, à savoir 1.820 heures par an, ce qui est nettement plus que dans l'élevage laitier traditionnel. Cela contribue directement à réduire les émissions d'ammoniac, ce qui était l'un de nos principaux objectifs. Nous avons également réduit légèrement la production de lait par vache car dans ce modèle, l'alimentation a une valeur nutritionnelle plus faible en raison de l'augmentation du nombre d'heures de pâturage et de l'utilisation d'aliments plus naturels et moins intensifs".

"Nous nous sommes concentrés sur la réduction des émissions d'ammoniac, visant à les réduire de 15% d'ici à 2030"

Les résultats montrent que le scénario le plus innovant, le concept d'éleveur laitier 'bois', est nettement plus performant que les autres scénarios. Plus précisément, ce modèle permet de réduire de 22% les émissions de gaz à effet de serre par rapport aux pratiques standard actuelles.

"Cela prouve que notre approche n'est pas seulement théoriquement réalisable, mais qu'elle peut aussi apporter des avantages écologiques significatifs. Outre la réduction des émissions de gaz à effet de serre, nous avons examiné d'autres thèmes environnementaux tels que l'eutrophisation, l'acidification des sols et la qualité de l'eau. Dans chacune de ces catégories, notre modèle obtient de meilleurs résultats que les pratiques actuelles d'élevage laitier. Cela signifie que le concept d'éleveur laitier 'bois' contribue non seulement à réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais qu'il a également un impact positif sur plusieurs autres questions environnementales plus localisées. En ce qui concerne les émissions d'ammoniac en particulier, nous constatons une réduction significative par rapport à l'élevage laitier traditionnel. En termes de coûts et de bénéfices, il semble que, malgré une période d'amortissement plus longue, ce concept puisse être économiquement viable pour les producteurs laitiers désireux d'investir dans des pratiques agricoles plus durables. Ce modèle répond donc à de nombreux objectifs."

Éleveur laitier 'flux'

Le deuxième concept, celui de l'éleveur laitier 'flux', se concentre sur la gestion efficace des flux de nutriments et d'énergie afin de boucler les cycles et de minimiser les déchets. Bien qu'il y ait des heures de pâturage, celles-ci restent limitées. Les terres agricoles libérées sont utilisées pour cultiver du seigle et de l'avoine. L'avoine peut être transformée en boissons à base d'avoine, en utilisant les flux résiduels pour l'alimentation animale, tandis que le seigle fournit de la paille pour les étables. Ce modèle introduit également la fermentation du fumier, ce qui permet d'obtenir un engrais durable qui remplace le fumier synthétique.

Van linden: "Si l'on considère l'impact environnemental du concept d'éleveur laitier 'flux', ce modèle montre une amélioration significative en termes de réduction des gaz à effet de serre, avec une réduction de 26%. Ce résultat est supérieur à celui du concept de l'éleveur laitier 'bois'. Cependant, pour d'autres objectifs environnementaux, tels que l'eutrophisation et l'acidification, l'amélioration est moins prononcée. Cela est dû en partie à la manière dont le modèle calcule les émissions d'ammoniac, en particulier dans le cas de la fermentation du fumier, où il y a un double stockage du fumier. Ces calculs incomplets ou inexacts - qui résultent d'une compréhension scientifique encore insuffisante - peuvent parfois conduire le modèle à donner des résultats moins bons que ce qu'ils ne le sont en réalité."

D'un point de vue économique, le concept d'éleveur laitier 'flux' offre des revenus supplémentaires grâce à la vente d'avoine et aux certificats des fermenteurs. Cela améliore la viabilité économique du concept. La période d'amortissement de ce modèle est plus courte que celle du concept d'éleveur laitier 'bois', à savoir neuf ans, ce qui le rend économiquement viable pour les agriculteurs. Toutefois, des incertitudes subsistent, notamment en ce qui concerne le coût de la technologie électrique.

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Le modèle de l'éleveur laitier 'flux' (illustration: ILVO)

Des innovations importantes

Van Linden estime que les deux concepts, bien qu'ils ne soient pas parfaitement élaborés, représentent des innovations significatives pour l'élevage laitier. "Ces deux modèles permettent d'atteindre l'objectif d'une réduction de 15% des émissions d'ammoniac, de maintenir le revenu de l'agriculteur et de contribuer à la durabilité écologique, spatiale et sociale. Ils contribuent également à des objectifs sociétaux plus larges tels que la circularité et la biodiversité, même si leur mise en œuvre pratique posera encore des défis importants à l'avenir. Toutefois, une élaboration plus poussée renforcera la faisabilité de ces concepts. Cependant, la mise en œuvre pratique ne se fera pas du jour au lendemain. Mais nous avons de l'espoir pour l'avenir."

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