Nouvelle banque de données d'ADN pour détecter les pratiques frauduleuses dans la chaîne du poisson
Dans le cadre du projet H2020 SEAFOODTOMORROW, auquel participe l’ILVO, une banque de données génétique de grande qualité a été constituée pour le poisson de mer commercial sur le marché européen. Elle a été utilisée directement pour l’étude sur l’identité et l’étiquetage du cabillaud et de la sole au sein de la chaîne du poisson belge et a permis de démontrer qu’il y était question de fraude.
L’ILVO a développé un outil d’analyse intéressant grâce auquel les contrôles d’authenticité sur certains poissons sont plus corrects et plus faciles. Cet outil utilise une banque de données spécialisée avec les profils ADN de plusieurs espèces de poisson de mer commerciales, constituée dans le cadre du projet scientifique international SEAFOODTOMORROW. “Même quand la sole ou le cabillaud est transformé en filet ou en morceaux dans un plat de poisson, nous sommes en mesure de déterminer via la technique du code-barres ADN l’identité du poisson original,” déclare le chercheur Dumas Deconinck.
Partout dans le monde, des négociants ou transformateurs de poisson n’hésitent parfois pas à vendre une espèce de poisson moins chère – sous forme découpée et donc non reconnaissable – comme s’il s’agissait d’une espèce plus coûteuse. Il est ici question de fraude, que les autorités souhaitent repérer avec une méthode efficace et précise. Grâce à la technique du code-barres ADN, la détection de telles pratiques frauduleuses est désormais plus facile. Il est ainsi possible de comparer l’ADN de poisson frais ou transformé avec des séquences d’ADN connues issues de banques de données de référence pour des espèces spécifiques.
Cette technique moléculaire permet à présent de découvrir le nom d’espèce spécifique, même dans des produits fortement travaillés comme les plats préparés. Il suffit ici d’isoler un petit bout de poisson et d’en déterminer la séquence d’ADN. Une condition importante pour une analyse réussie est la disponibilité d’une référence fiable, avec laquelle la séquence d’ADN obtenue peut être comparée. Et c’est là que le bât blesse car les banques de données de référence publiques renvoient encore trop souvent à des noms d’espèce trompeurs ou erronés, ce qui peut susciter un doute lors de l’identification.
C’est pourquoi l’équipe SEAFOODTOMORROW a constitué elle-même une banque de données de qualité et fiable de séquences d’ADN pour trois gènes spécifiques: COI (Cytochrome Oxydase I), Cytb (Cytochrome b) et rhodopsine et ce, pour 42 espèces de poisson de mer importantes d’un point de vue commercial sur le marché européen. Les références dans cette banque de données reposent sur des identifications et des séquences d’ADN correctes de poissons pêchés ou élevés de la mer Baltique, de la mer du Nord, des eaux du nord-est de l’Europe, du nord-est de l’océan Pacifique et du nord-est de l’océan Atlantique.
Maintenant que la banque de données et la méthode sont au point, de nouvelles possibilités d’application voient le jour pour la recherche et le contrôle. Des chercheurs de l’ILVO ont décidé d’examiner via la technique si et où exactement du poisson était 'échangé'. Ils ont choisi comme espèces de poisson la sole et le cabillaud car ces deux espèces figuraient dans le cadre d’une étude antérieure à Bruxelles dans le top 3 de la fraude au poisson; le troisième est le thon. Les chercheurs ont collecté dans toute la Flandre quelque 180 morceaux de poisson auprès de différents segments de la chaîne du poisson belge, allant de l’importation et du commerce de gros au commerce de détail et à l’horeca. L’espèce de tous les poissons était impossible à reconnaître à l’œil, et ils étaient dans la plupart des cas préparés ou du moins fortement transformés. Dans 98% des analyses, la ‘véritable’ identité du poisson a pu être découverte.
Il est ressorti de l’analyse d’ADN que 3 échantillons de cabillaud sur 132 (en moyenne 2%) étaient remplacés par une autre espèce, ce qui peut être ramené à 6% de fraude au niveau des traiteurs, à 5% au niveau de l’importation et à 3% au niveau des poissonniers. Le poisson était remplacé par des espèces moins chères, comme le colin d’Alaska, l’églefin et le lieu noir. Sur les 41 échantillons de sole, il s’est avéré que 7 avaient été remplacés, ce qui revient au total à 17% de fraude. Les deux échantillons provenant du commerce de gros étaient au final une autre espèce. Dans l’industrie alimentaire, il y avait 50% de fraude, dans le commerce de détail 20% et chez les traiteurs 8%. Dans ces cas, la sole de la mer du Nord était remplacée par de la limande du Japon, de la sole du Sénégal, de la sole tropicale, de la limande-sole et dans un cas même par du panga, un poisson d’élevage asiatique.
“Ces chiffres de fraude par segment de la chaîne ne nous permettent pas de découvrir l’identité du fraudeur”, précise Deconinck. “Le mauvais poisson au supermarché peut avoir été échangé à chaque étape antérieure du commerce et de la transformation, c’est-à-dire tant lors de l’importation, chez le grossiste que durant la transformation. Les résultats démontrent toutefois qu’un contrôle s’impose tout au long de la chaîne, et pas uniquement dans les restaurants. Dans le cas d’études précédentes, on semblait, en effet, partir du principe que la fraude survenait généralement à la fin de la chaîne parce que les contrôles y sont pour ainsi dire moins stricts. Avec notre étude, nous avons pu prouver que tel n’était pas le cas.”
La nouvelle banque de données d’ADN est à présent mise à la disposition des contrôleurs. Ce sont, effectivement, eux qui doivent pouvoir constater de manière précise si l’identité et l’étiquetage du poisson sont corrects. “Cela est important, et pas seulement d’un point de vue économique. La substitution de poisson peut ainsi également causer des problèmes dans le cas de personnes souffrant d’allergies ou les gens pourraient absorber plus de substances polluantes comme du mercure”, indiquent les chercheurs dans leur publication.
