Les premières obligations PPWR sont entrées en vigueur
Le secteur réclame plus de clarté, mais y voit également des opportunités d’innovation
Bien que les premières obligations du règlement sur les emballages et les déchets d’emballages (PPWR) soient entrées en vigueur dès le 12 août 2026, de nombreuses entreprises agroalimentaires attendent encore diverses précisions essentielles concernant les méthodes d’essai, les définitions, les responsabilités et les procédures de conformité. C’est ce qui ressort d’une enquête menée auprès de Pack4Food, Fevia, Fost Plus, PackSense et Verpact. Ces organisations s’attendent donc à ce que les changements les plus importants ne se manifestent que dans les années à venir.
Entre préparation et incertitude
Avec le règlement sur les emballages et les déchets d’emballages (PPWR), la chaîne européenne de l’emballage est à l’aube d’une transition majeure. Ce règlement vise à réduire les déchets d’emballages, à encourager le recyclage, à promouvoir la réutilisation et à accélérer la circularité des emballages. Les ambitions sont élevées et les objectifs sont en grande partie fixés.Pourtant, une enquête menée auprès d’organisations sectorielles révèle que de nombreuses entreprises se trouvent actuellement tiraillées entre préparation et incertitude. Nous avons posé nos questions à Brecht van der Hoeven (chef de projet chez Pack4Food), Ann Nachtergaele (directrice des politiques de production et de consommation alimentaires chez Fevia), Lieven Capon (responsable du programme 'Emballages durables' chez Fost Plus) et Robbert-Jan Pos (directeur de PackSense). L’institut néerlandais Verpact a répondu en tant qu’organisation.
Des ambitions en matière de durabilité à la réalité opérationnelle
Le secteur reconnaît que le changement est nécessaire et que la transition vers les emballages circulaires doit être accélérée. Dans le même temps, un appel quasi unanime est lancé aux décideurs politiques européens pour qu’ils apportent rapidement plus de clarté sur la mise en œuvre pratique des règles.
Selon plusieurs interlocuteurs, le changement le plus important de ces deux dernières années – après la formalisation de l’arrivée de la PPWR – n’est pas tant de nature technique que, surtout, organisationnelle. Alors que la durabilité des emballages était longtemps un sujet réservé aux responsables du développement durable et aux services d’innovation, le PPWR a désormais gagné les directions, les services qualité, les équipes d’approvisionnement et les spécialistes de la chaîne d’approvisionnement.
Les entreprises agroalimentaires prennent de plus en plus conscience que ce règlement va bien au-delà d’une simple série d’objectifs de développement durable. Il touche directement à la conception des emballages, au développement des produits, au choix des matériaux, à la gestion des fournisseurs, aux processus de documentation et aux systèmes de conformité.
Difficultés de mise en œuvre
Ce constat est confirmé par Robbert-Jan Pos, de PackSense. Selon lui, de plus en plus d’organisations prennent conscience que le PPWR n’est pas une simple directive sans engagement, mais un règlement assorti d’obligations juridiques et techniques concrètes.
Dans le même temps, le cabinet de conseil constate que de nombreuses entreprises peinent encore à transposer la législation dans leur pratique quotidienne. Elles savent qu’un changement s’annonce, mais ignorent souvent encore ce que cela implique exactement pour chaque emballage, chaque spécification de produit et chaque processus.
L’institut néerlandais Verpact constate lui aussi une grande volonté de se préparer. "Les grandes entreprises, en particulier, ont désormais mis en place des équipes qui se consacrent spécifiquement à la conformité des emballages et à la circularité." L’organisation remarque toutefois que de nombreuses entreprises se heurtent encore à des questions fondamentales.
Tout le monde n’en est pas au même stade
Le niveau de préparation des entreprises varie considérablement. Les grands fabricants agroalimentaires et les marques internationales disposent souvent de services spécialisés chargés du développement durable, de la réglementation et du développement des emballages. Ils travaillent depuis longtemps déjà à la réduction des matériaux, à la conception en vue du recyclage et à l’utilisation de matières premières recyclées.
Pour les petites entreprises, la situation est souvent différente. Selon plusieurs personnes interrogées, le sentiment d’urgence ne se fait parfois sentir que lorsque les clients, les distributeurs ou les propriétaires de marques commencent à poser des questions concrètes sur la future conformité à la directive PPWR.
Dans le même temps, plusieurs d’entre eux mettent en garde contre une attitude attentiste. C’est précisément parce que la réglementation reste floue sur certains points qu’il est tentant de reporter des décisions importantes. Selon Lieven Capon (Fost Plus) et Pos (PackSense), cela comporte un risque. "L’adaptation des spécifications d’emballage, la qualification de nouveaux matériaux ou la modification des lignes de production prennent souvent des années. Les entreprises qui attendent que tous les détails soient précisés risquent finalement de se retrouver à court de temps."
Ann Nachtergaele, de Fevia, observe la même dynamique. "Presque toutes les entreprises agroalimentaires s’emploient aujourd’hui à évaluer l’impact de la nouvelle réglementation, mais le secteur a besoin d’une plus grande sécurité juridique pour pouvoir réaliser des investissements en toute confiance."
Des objectifs sans règles précises
Il est frappant de constater que toutes les organisations interrogées aboutissent finalement au même point sensible : le PPWR décrit de plus en plus clairement ce que les entreprises doivent réaliser, mais beaucoup moins la manière dont elles devront ensuite démontrer qu’elles s’y conforment.
Brecht van der Hoeven, de Pack4Food, décrit cette situation comme une situation où les attentes sont déjà fixées, alors que les modalités pratiques font encore largement défaut. "Les objectifs sont connus, les échéances sont fixées, mais de nombreuses méthodologies, normes techniques et cadres d’évaluation doivent encore être élaborés."
Nachtergaele (Fevia) souligne également que de nombreuses modalités pratiques dépendent encore d’une législation dérivée, de lignes directrices et de normes techniques qui ne sont pas encore disponibles. "Cela soulève des questions concernant les responsabilités, la preuve et l’interprétation."
Verpact constate la même situation dans la pratique. "Les entreprises tentent de se préparer, mais se heurtent à des questions pour lesquelles il n’existe pas encore de réponses claires. Qui est considéré exactement comme fabricant, par exemple? Qui doit établir la déclaration de conformité? Et comment démontrer qu’un emballage est conforme alors que la méthode d’évaluation n’est pas encore entièrement mise au point?"
Selon plusieurs interlocuteurs, cette incertitude suscite une certaine nervosité sur le marché. Non pas parce que les entreprises rejettent les objectifs, mais parce qu’elles doivent prendre des décisions d’investissement sans connaître toutes les règles du jeu.
La durabilité, principal enjeu de fond
Lorsque la discussion passe de la réglementation à la technique, un sujet revient sans cesse: la relation entre la recyclabilité et la protection du produit.
Pour l’industrie agroalimentaire, l’emballage représente bien plus qu’un simple moyen de transport des produits. Il protège contre l’oxygène, l’humidité, la lumière et la contamination microbiologique, et joue ainsi un rôle crucial dans la sécurité alimentaire et la durée de conservation.
Selon Pack4Food, c’est précisément cette combinaison qui constituera l’un des plus grands défis techniques des années à venir. Van der Hoeven: "Les emballages offrant une recyclabilité optimale utilisent souvent des structures de matériaux relativement simples. La protection des produits, en revanche, nécessite régulièrement des combinaisons complexes de matériaux dotés de propriétés barrières spécifiques."
Mme Nachtergaele (Fevia) souligne que les emballages ne doivent donc jamais être considérés indépendamment de leur contenu. Selon elle, l’impact environnemental du produit alimentaire lui-même est souvent nettement plus élevé que celui de l’emballage. "Un emballage qui entraîne davantage de pertes alimentaires peut donc, au final, présenter une moins bonne performance environnementale qu’un emballage moins circulaire qui protège toutefois le produit de manière optimale."
"Trouver le juste équilibre entre la protection du produit, les performances logistiques et les impacts environnementaux tout au long du cycle de vie" – Lieven Capon, Fost Plus
Lieven Capon (Fost Plus) souligne lui aussi l’importance de cette mise en balance. "Un emballage durable ne signifie pas automatiquement utiliser le moins d’emballage possible, mais surtout trouver le juste équilibre entre la protection du produit, les performances logistiques et les impacts environnementaux tout au long du cycle de vie complet."
Verpact partage ce point de vue. Selon l’organisation, il faut toujours considérer la combinaison du produit et de son emballage.
Il n’existe pas de solution unique pour toutes les applications
Bien que les matériaux mono-composants soient souvent cités comme l’avenir des emballages recyclables, plusieurs acteurs nuancent ce point de vue.
Van der Hoeven (Pack4Food) voit un grand potentiel dans les solutions mono-matériaux innovantes, mais souligne que ces développements ne constituent pas une panacée pour toutes les applications. "Il subsiste notamment des défis techniques pour les produits soumis à des exigences élevées en matière de durée de conservation et de sécurité alimentaire."
Nachtergaele (Fevia) met également en garde contre une approche trop simpliste. Selon elle, une grande partie du marché de l’emballage se compose déjà aujourd’hui de monomatériaux, allant du carton et du verre au métal et à divers emballages en plastique. "De plus, certaines combinaisons de matériaux peuvent également être facilement recyclables."
Capon (Fost Plus) abonde dans ce sens et souligne que les monomatériaux ne constituent "qu’une des voies possibles vers les emballages circulaires".
Le consensus semble donc être que le futur marché de l’emballage ne sera pas dominé par une solution universelle unique. Différents produits nécessitent différents concepts d’emballage, en fonction de leurs exigences spécifiques en matière de durée de conservation, de logistique, de sécurité et de fonctionnalité pour le consommateur.
L'innovation, clé du succès
Malgré les nombreux défis, le pessimisme n’est pas de mise. Au contraire: tous les interlocuteurs considèrent l’innovation comme le principal moteur de la transition.
Van der Hoeven (Pack4Food) souligne le développement de nouvelles technologies de barrière, telles que les revêtements AlOx et SiOx, qui peuvent allier des propriétés protectrices de haute qualité à une recyclabilité améliorée. Selon le centre d’expertise, de telles innovations peuvent contribuer à réduire encore davantage le fossé entre fonctionnalité et circularité.
Capon (Fost Plus) constate également de nombreuses évolutions prometteuses. L’organisation met notamment en avant des projets dans lesquels du plastique recyclé est réutilisé dans les emballages alimentaires. Par ailleurs, des projets pilotes portant sur des systèmes d’emballage réutilisables pour les fruits et légumes sont en cours, permettant d’expérimenter de nouveaux modèles économiques et concepts logistiques. Ainsi, dans le cadre du projet REPASYS, des emballages réutilisables sont testés dans six supermarchés de Malines.
Selon Pos (PackSense), le secteur ne doit en outre pas sous-estimer les progrès déjà réalisés ces dernières années. "Là où les alternatives recyclables faisaient souvent défaut par le passé, on dispose aujourd’hui de solutions de plus en plus nombreuses qui sont à la fois fonctionnelles et circulaires. On s’attend à ce que le PPWR accélère encore cette évolution, grâce à la synergie entre la législation, la demande du marché et l’innovation technologique."
Les principales exigences du PPWR depuis le 12 août 2026
La première phase du règlement européen PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation) est entrée en vigueur le 12 août. Depuis lors, les principales exigences et mesures à prendre sont les suivantes :
- Nouvelles catégories d’emballages
À compter de cette date, certains articles sont officiellement considérés comme des emballages et doivent être déclarés auprès de Fost Plus. Il s’agit concrètement des dosettes de café et des sachets de thé, des capsules de boissons ainsi que des étiquettes adhésives pour fruits et légumes.
- Alternatives compostables
Un tarif distinct s'applique aux variantes compostables (conformes à la norme EN13432). Les variantes non compostables relèvent de la tranche tarifaire la plus élevée et ne seront plus autorisées à partir de 2028.
- Restrictions relatives aux PFAS
Des seuils stricts s'appliqueront à partir du 12 août 2026 aux emballages entrant en contact avec les denrées alimentaires. Les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) sont interdites au-delà des limites de concentration fixées (par exemple, ≥ 25 ppb pour les composés individuels).
- Systèmes de réutilisation
Les entreprises qui mettent pour la première fois sur le marché des emballages réutilisables sont tenues de mettre en place un système de réutilisation auquel les acteurs de la chaîne d'approvisionnement peuvent adhérer.
- Étiquetage et harmonisation
À compter du 12 août 2026, la Commission européenne devrait également publier les spécifications définitives relatives à un étiquetage uniforme (tel que des pictogrammes) pour tous les emballages.
(source : Fost Plus)
Premier grand test: août 2026
Bien que de nombreux objectifs ne deviennent pertinents qu’en 2030, les principales préoccupations portent actuellement sur les obligations qui s’appliquent dès le 12 août 2026. Il est frappant de constater que les cinq interlocuteurs mentionnent pratiquement les deux mêmes points d’attention: les PFAS et la déclaration de conformité (DoC).
Il subsiste encore beaucoup d’incertitudes concernant les PFAS. Quelles substances doivent être mesurées exactement ? Quelles méthodes d’analyse sont autorisées? Les capacités des laboratoires sont-elles suffisantes? Et comment les entreprises doivent-elles gérer les emballages existants pour lesquels aucune preuve complète n’est encore disponible? Selon Nachtergaele (Fevia), Capon (Fost Plus) et Verpact, d’importantes orientations pratiques font encore défaut à l’heure actuelle. Van der Hoeven (Pack4Food) souligne lui aussi l’incertitude qui règne autour des méthodes d’essai et des capacités d’analyse.
Par ailleurs, la déclaration de conformité obligatoire soulève de nombreuses questions. Les entreprises devront bientôt être en mesure de démontrer que leurs emballages respectent toutes les exigences pertinentes du PPWR. Cela soulève des débats sur les responsabilités au sein de la chaîne d’approvisionnement et sur le volume de documentation qui sera nécessaire. Selon plusieurs interlocuteurs, l’ampleur de ce défi administratif est encore sous-estimée à l’heure actuelle.
Le véritable défi se profile à l’horizon 2030
La plupart des organisations sectorielles s’attendent toutefois à ce que les changements les plus importants ne se manifestent que dans les années à venir. En effet, d’ici 2030, les dispositions relatives à la recyclabilité, à la teneur en matériaux recyclés, à la réutilisation et aux diverses interdictions d’emballage deviendront réellement déterminantes pour le marché.
L’obligation d’utiliser davantage de matériaux recyclés dans les emballages en plastique est notamment considérée par plusieurs acteurs comme un défi complexe. "La disponibilité de flux de matériaux recyclés de haute qualité et conformes aux normes de sécurité alimentaire sera un facteur crucial à cet égard." Par ailleurs, Capon (Fost Plus) et Verpact soulignent les défis liés aux systèmes de réutilisation, à la logistique de retour et au développement des infrastructures de recyclage.
Une conclusion partagée
Malgré les perspectives divergentes des instituts de recherche, des organisations sectorielles, des experts en conformité et des organisations de producteurs, la conclusion est remarquablement unanime. Les secteurs de l’emballage et de l’alimentation s’orientent déjà pleinement vers les objectifs de la PPWR et ont franchi des étapes importantes ces dernières années en matière de recyclabilité, de réduction des matériaux et de circularité.
Dans le même temps, il existe un besoin général de clarté. Non pas parce que les entreprises souhaitent ralentir la transition, mais précisément parce qu’elles veulent pouvoir réaliser les investissements nécessaires en temps voulu. La période à venir sera donc non seulement placée sous le signe de la poursuite de l’innovation, mais aussi de l’obtention de la sécurité juridique nécessaire pour concrétiser réellement les ambitions européennes.
Car sur un point, toutes les parties prenantes semblent d’accord: la direction à suivre est clairement définie. La question n’est pas de savoir si le secteur de l’emballage va changer, mais à quelle vitesse les entreprises disposeront des outils adéquats pour mener à bien cette transformation.