Les éleveurs de saumons donnent désormais aussi du poulet à leurs poissons
Les entreprises cherchent des sources de protéines moins chères
Alors que la farine de poisson devient de plus en plus chère, les éleveurs de saumons cherchent d’autres sources de protéines pour nourrir leurs poissons. Les grandes entreprises européennes de salmoniculture les trouvent sous la forme de restes de poulet. C’est ce qu’a récemment rapporté le quotidien économique britannique Financial Times. Cette mesure est surprenante, car les producteurs de saumon ont toujours été réticents à utiliser des produits d’élevage dans les aliments pour poissons.
Un tabou alimentaire
Les éleveurs de saumons craignaient que les consommateurs n’aient guère envie de manger du saumon nourri au poulet. Dans une récente étude menée par l’institut norvégien de recherche alimentaire Nofima, les consommateurs qualifient notamment les ingrédients à base de poulet dans les aliments pour poissons de "non naturels", voire de "dégoûtants". Jusqu’en 2013, l’utilisation de certaines protéines animales dans les aliments pour poissons était même interdite en Grande-Bretagne, notamment en raison des inquiétudes liées à la propagation de maladies animales telles que la maladie de la vache folle.
La décision de Lerøy Seafood Group et de Mowi, deux des plus grands éleveurs de saumons d’Europe, qui possèdent notamment des exploitations en Norvège et en Écosse, de briser ce tabou alimentaire est d’autant plus surprenante. Leurs saumons reçoivent désormais aussi des sous-produits de poulet: des parties de l’animal qui ne sont pas consommées par les humains, comme les os et les organes. Le norvégien Grieg Seafood a lui aussi introduit de la farine et de l’huile de poulet au début de cette année. SalMar, le deuxième producteur de saumon au monde, a commencé à tester l’utilisation de volaille dans les aliments pour poissons en mars.
Une demande accrue en provenance de Chine
Si les éleveurs de saumons recherchent d’autres sources de protéines, c’est parce que le prix de la farine de poisson traditionnelle, fabriquée à partir de poissons sauvages, a presque doublé au cours des deux dernières années. Cette hausse s’explique par la diminution des stocks de poissons et la demande accrue en provenance de Chine. Les aliments à base de volaille coûtent moins de la moitié.
Selon les producteurs européens de saumon, cette mesure n’est pas si controversée. "Le saumon est un carnivore et mange d’autres poissons à l’état sauvage ; le nourrir avec du poulet est donc tout à fait naturel", a déclaré un porte-parole à Financial Times. Dans des pays hors d’Europe comme le Canada et le Chili, il est courant depuis longtemps que les aliments pour poissons contiennent des produits à base de volaille.
L’organisation britannique de défense des droits des animaux Viva! estime que les consommateurs devraient pouvoir savoir si le saumon qu’ils achètent a été nourri avec des sous-produits de poulet. En effet, la composition des aliments pour poissons ne doit pas figurer sur l’emballage des filets de saumon. Selon le quotidien économique britannique, certaines chaînes de supermarchés refusent que des produits à base de volaille soient utilisés dans l’alimentation de leurs saumons, craignant elles aussi des réactions négatives des consommateurs. Rien ne permet de savoir si cela restera ainsi.